#2 Alex Lekouid PERFORMER-INTERPRETRE

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Alex Lekouid a plusieurs cordes à son arc. Il a d’abord été professeur de danse jazz. Ensuite, il a appris les claquettes à l’américaine. Il travaille également en tant que comédien, chanteur, animateur-présentateur, il écrit des spectacles, il a écrit des chroniques hebdomadaires dans le Journal Toulousain pendant deux ans sur des thèmes liés à la philosophie, à l’anecdote ou à l’histoire. Il est aussi formateur et coach dans le domaine de la prise de parole en public et du développement personnel dans les entreprises et pour les particuliers.

Vinaya: Quel terme préfères-tu employer concernant ton activité qui consiste à interpréter sur scène les chansons des autres? « Chanteur », « performer », « chanteur-imitateur »…?

Alex Lekouid: « Imitateur », il me semble que je ne le suis pas, même si souvent les gens réduisent cela à de l’imitation. Mais en réalité, en tout cas si je ne parle que de mon intention pour Claude Nougaro par exemple, je vais apprendre ses chansons évidemment mais je vais l’apprendre en plusieurs dimensions, c’est-à-dire, le texte, la mélodie, les arrangements mais au-delà. Je vais écouter la voix pour savoir où se trouvent les respirations, la manière dont il va mettre de l’intensité sur tel morceau de phrase ou sur un autre et je vais essayer de le retranscrire. Mais à aucun moment, pour moi, ce n’est de l’imitation, je reste moi-même, je ne modifie pas ma personne ni ma voix. Ce que je vais modifier, c’est l’intention. Je vais essayer de retranscrire l’intention du chanteur. Le terme « performer » me convient bien. Et je dirais qu’il y a une différence entre « chanteur » et « interprète ». Pour moi, chanteur, c’est chanter voire imiter alors que l’interprète se rapproche de la comédie dans le sens « jouer quelque chose qui a été écrit » comme un comédien. J’aime bien le côté « interprète » et j’aime bien le côté « performer » pour me décrire. Donc, le terme « performer-interprète » me paraît adapté.

Pourquoi avoir choisi d’interpréter les chansons de Claude Nougaro?

Il y a toujours une partie instinctive chez moi qui domine. J’aime que mon instinct prenne le dessus et m’indique le chemin. J’ai besoin d’évidences. Nougaro est quelqu’un que j’avais envie de chanter. Je l’écoute depuis très longtemps. Cependant, jamais je ne pensais avoir la capacité de le chanter mais pas seulement, parce que je me connais, je peux apprendre. Je trouvais que c’était un personnage avec des messages très forts et je ne me sentais pas à la hauteur dans toutes les dimensions pour pouvoir porter ce qu’il avait créé. C’est comme si on me demandait de faire une copie d’une toile de Monet, ce n’est pas dans mes compétences. Lorsqu’on est venu me chercher pour chanter Nougaro, j’ai été très surpris. Dans la vie, j’ai eu plusieurs signes, plusieurs appels pour faire du Nougaro qui sont pour moi des messages de mon instinct en me disant: « Là, c’est ton chemin. » Donc, à partir de là, je m’investis et je me convaincs que c’est bien mon boulot, et je le fais en essayant d’être le plus précis possible et dans toutes les dimensions.

Donc, dans un premier temps, ce n’est pas toi-même mais d’autres personnes qui t’ont poussé à chanter du Nougaro?

Oui. J’ai un ami qui a un studio d’enregistrement. A l’époque, c’était les 10 ans de la mort de Nougaro. Ils voulaient faire un disque alors ils ont organisé un casting de voix. Et mon ami me dit que les candidats de ce casting n’ont pas cette dimension dont j’ai parlé. Il m’a donc demandé de venir faire une voix lead afin de les guider. Sur place, la femme de Nougaro a entendu ma voix et a dit: « Ne cherchez plus, c’est cette voix-là que je veux. Il apporte exactement ce dont j’ai besoin. » C’est comme ça que je rentre dans le Plaisant’ Swing Band en tant que chanteur. Et juste avant, j’ai eu un autre signe, un ami me dit que c’est l’anniversaire de sa femme et il voulait que je chante à cette occasion deux chansons de Nougaro que sa femme adorait. Pour moi, ce mur était infranchissable. Puis finalement, j’ai appris ces deux chansons et on les a faites pour l’anniversaire. Ça a été mon premier contact avec la scène Nougaro.

As-tu une anecdocte à nous raconter avec Nougaro?

Nougaro était encore vivant. J’allais chez une coiffeuse, Françoise. A chaque fois que je rentrais chez elle, elle me disait « Ah, il y a Claude Nougaro qui vient de sortir ». Elle m’a dit ça 40 fois et je n’ai jamais croisé Nougaro. Donc, au bout d’un moment, je me suis dit « elle se moque de moi, elle me taquine ». Et un jour, je lui laisse une cassette-vidéo avec des extraits de mon spectacle parce qu’elle m’avait jamais vu sur scène. Les années passent… (Nougaro est toujours en vie), et je reçois un appel de Sud Radio. On me dit que je suis invité par Yvan Cujious. Donc, j’y vais et Yvan Cujious me dit « Vous savez pourquoi vous êtes là? C’est Claude Nougaro qui m’a demandé de vous appeler ». Je lui dis que je ne connais pas Claude Nougaro, je l’ai juste croisé une fois. Et il poursuit en me disant « Lui, il vous connaît bien ». En fait, Françoise, la coiffeuse, avait donné ma cassette-vidéo à Nougaro. Alors, c’était bien vrai, il se faisait vraiment coiffer chez elle. Ma cassette-vidéo est restée sur sa cheminée pendant des années. Yvan Cujious et Nougaro écrivaient souvent ensemble et quand Nougaro en avait marre d’écrire, il disait « Mets-nous le rigolo, là ». Donc, il a regardé ma cassette des centaines de fois et il disait « J’adore ce type, je sais pas qui c’est mais j’adore l’énergie ». Alors, voilà une anecdote qui m’a bien lié à lui. Donc, toutes ces anecdotes ont fait que ça a créé ma force et mon envie de chanter du Nougaro.

Aujourd’hui, tu continues à chanter du Nougaro mais tu as également un nouveau spectacle: Faut qu’on Henri, où tu rends hommage à Henri Salvador…

Oui, j’ai écrit ce nouveau spectacle. Là aussi, j’ai une petite histoire. Inévitablement, ça me colle à la peau depuis des années malgré moi. Pour être tout à fait franc, au début, ça me gonflait. Je ne voulais pas être comparé à un chanteur pour enfant. Puis, je l’ai rencontré au Casino de Paris en 1994. Il m’a offert une chanson qui s’appelle La main au cul, il en avait composé la musique, et les paroles sont de Bernard Dimey. J’ai inclus cette chanson très vite dans mes spectacles et one man shows. Et je l’ai laissée de côté pendant un moment. Puis là, avec le nouveau spectacle Faut qu’on Henri, c’est l’occasion de la rechanter. Pour en revenir à ma rencontre avec Henri Salvador, on est restés en contact surtout par téléphone. Les journalistes m’ont surnommé « Le fils spirituel d’Henri Salvador » très vite. Puis, j’ai fini par assumer ce rôle. Malgré moi, lorsque je fais du Salvador sur scène, je suis très proche de lui dans l’attitude, dans l’intention, dans le rire et dans le physique évidemment. Je ne fais aucun travail pour lui ressembler, ce qui n’est pas du tout le cas pour Nougaro, où là, je fais un énorme travail. Donc, pour Faut qu’on Henri, j’ai cinq musiciens derrière moi. Dans ce spectacle, j’utilise des chapeaux et chaque chapeau correspond aux grandes étapes de sa vie et j’explique en même temps ces différentes périodes. J’y intègre aussi des sketches, le contexte… Puis bien sûr, je raconte mes rencontres avec lui.

Le spectacle Faut qu’on Henri dont la première date était en mars 2018 n’est pas votre premier essai…

Non, j’avais déjà fait une première version il y a quelques années avec l’orchestre Tacinelli. Puis une deuxième version avec le même orchestre, la vidéo est sur YouTube [ici: https://www.youtube.com/watch?v=5Ky1p7tLGlQ] mais ça n’a pas marché parce qu’on n’a jamais su attirer du monde. Alors, j’ai laissé tomber. Et le pianiste du Plaisant’ Swing Band de Nougaro m’a dit qu’il fallait refaire ça. Et là, j’ai dû changer et les choses prennent une autre dimension, ça plaît beaucoup.

Quelles ont été les différentes étapes de la création de ce spectacle?

Alors, j’ai écrit. Quand j’écris, je crée ce que je veux être, ce que je veux faire. L’écriture est déterminante. Le fait d’avoir déjà fait deux versions ce de spectacle m’a aidé. Mais j’ai pris les choses de manière différente, dans une autre énergie. Une fois tout ça écrit, je suis allé voir mon pianiste. Nous avons passé des heures à écouter les morceaux pour pouvoir déterminer ce qu’on allait faire. On a travaillé sur les arrangements, on a fait des essais, on a fait des réglages. Puis, on vu avec les musiciens. On a répété le tout une dizaine de fois avant de donner la première représentation.

Une dernière anecdote avec Salvador?

Quand j’étais à l’Olympia pour faire la première partie d’Emile & Images en 2000, la production de Salvador qui m’avait appelé le jour-même pour me menacer de me mettre en procès parce que sur les billets, il y avait marqué « Fils spirituel d’Henri Salvador ». Donc, j’étais en panique et le soir, Henri m’a appelé en me disant « Fais-moi honneur, ne t’inquiète pas, j’ai géré le problème ».

Quelle est ta perception du métier de performer-interprète?

Mon point de vue est que les choses ne peuvent être faites que si elles sont en adéquation totale avec ce qu’on est, ce qu’on veut et ce qu’on veut faire. Les choses ne peuvent devenir vraies que si on les a « rêvées » en trois dimensions, c’est-à-dire qu’il faut les visualiser sous forme d’images, de films ; il faut ensuite en parler pour créer le détail, pour le balancer d’une dimension à l’autre, pour le rendre à la réalité ; et la troisième chose, il faut commencer à le fabriquer pour qu’il existe. Je crois que rien n’existe sur cette planète, en dehors de la mer, de la terre et des arbres, sans que l’homme l’ait rêvé. La moindre chaise, le moindre tapis, le moindre rideau a d’abord été pensé, parlé puis réalisé. Je crois que tout fonctionne comme ça. Donc, le conseil, c’est de suivre son instinct parce que l’instinct c’est une petite lampe de torche de notre destin. C’est lui qui nous éclaire là où on doit aller, il nous montre le chemin qu’on doit parcourir professionnellement et au quotidien également. Finalement, un type comme moi ou un type bien au-dessus de moi ne peut pratiquement pas donner de conseils à l’autre car chaque vie est personnelle, attachée à une histoire. On ne doit pas vouloir ressembler à un autre, on doit être soi-même. Ce n’est pas parce que l’autre a fait une telle école qu’il est devenu une grande star, ce n’est pas vrai. « Star », c’est un état, ce n’est pas une conséquence.

Merci à Alex pour cette interview.

Autres infos sur Alex Lekouid:

  • Remporte haut la main l’émission Graine de Super Star sur M6, 2h15 d’émission en direct avec une audience de 12-13 millions de spectateurs.
  • Il est le protagoniste de la pièce de théâtre Le Clan des Divorcées pendant un an

Où retrouver Alex Lekouid?

Site internet: www.alexlekouid.com

Interview filmée: https://www.leblogdevinaya.com/20181015-1-alex-lekouid-performer-interpretre-sous-titres-anglais/

Medley: https://www.youtube.com/watch?v=6_CW3_xiraY&t=6s

Nougaro avec Plaisant’ Swing Band: https://www.youtube.com/watch?v=YXcR75Dyk8U

Faut qu’on Henri extrait : https://www.youtube.com/watch?v=5Ky1p7tLGlQ

Prochaine publication 09/10/18: Interview écrite Jean-Paul Joguin COMEDIEN 

 

 

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